COMMENT APPRÉCIER LES COURSES DE CHEVAUX MONGOLES

Rédigé pour les touristes et les guides par Oyungerel Tsedevdamba, Ministre de la Culture, des Sports et du Tourisme de Mongolie

Vous êtes en Mongolie, terre de cavaliers et d’amoureux du cheval. Le pays compte un cheval par habitant : fin 2014 ou début 2015, la Mongolie aura une population de 3 millions d’habitants et d’autant de chevaux. Si une course équestre a lieu durant votre séjour en Mongolie, nous vous recommandons d’y assister car les courses de chevaux mongoles sont uniques.

Les courses de chevaux sont un élément fondamental des naadams, les jeux traditionnels mongols qui comprennent également la lutte, le tir à l’arc et les osselets. Si la lutte déchaîne les passions parmi les spectateurs mongols, les courses de chevaux les font plutôt pleurer. Les spectateurs pleurent les souffrances des chevaux qui doivent subir de rudes épreuves pour atteindre la ligne d’arrivée, ou le courage des petits enfants qui surmontent la dureté de la course avec passion et dignité. Ils pleurent même le dernier poulain épuisé qui franchit au trot la ligne d’arrivée. La course de chevaux est le spectacle qui touche au plus près l’âme du naadam. Mais avant d’assister à cette apogée d’émotion, les spectateurs doivent comprendre la nature de la course de chevaux mongole.

TOUT D’ABORD, COMPRENDRE LES LIEUX !

Les courses de chevaux se déroulent à l’extérieur des villes ou des villages que vous visitez. Chaque ville ou village de Mongolie, y compris Oulan-Bator, a son « champ de course » qui est généralement un immense espace ouvert dédié aux courses de chevaux des naadams. Cette prairie ne peut être bâtie, et elle doit rester le plus ouverte possible afin que la ville ou le village puisse organiser un parcours de 25 à 30 km le long duquel tous les habitants pourront s’installer pour voir la course.

Chaque Mongol connaît l’emplacement du champ de course bien avant chaque course. En revanche, les visiteurs doivent se renseigner pour connaître le site et l’heure à laquelle ils doivent quitter la ville pour voir les courses de leur choix.

Il est donc recommandé de demander à son guide l’emplacement des points suivants, pour chaque course que vous désirez suivre : l’emplacement de la cérémonie de départ, celui de la ligne de départ et celui de la ligne d’arrivée ; où vous pourrez manger, utiliser des toilettes et vous distraire en attendant les chevaux ; et enfin, l’emplacement des yourtes (ou gers) des dresseurs de chevaux.

Bien que tous ces lieux soient situés dans une même zone, il faut savoir dans le cas de Khui Doloon Hudag à Oulan-Bator que le nom de la zone recouvre une vallée entière qui fait environ 40 km de long sur 10 km de large. Mieux vaut donc se préparer à marcher un peu pour profiter vraiment de la course.

Pour se diriger dans le champ de course sans perdre son groupe, mieux vaut s’être préparé (par exemple en portant des t-shirts identiques et en s’accordant sur un point de rendez-vous où l’on se retrouve à heures fixes, etc.). La vallée toute entière, qui se transforme pour trois jours en ville nomade, n’est pas assujettie aux règles de la ville : il n’y a ni rues, ni panneaux, ni véhicules à moteur (sauf dans quelques parkings circonscrits). Les spectateurs se promènent librement à pied ou à cheval, tandis que d’autres pique-niquent assis par terre et profitent du spectacle. Beaucoup de gers et de tentes semblent identiques. Certains services (nourriture, jouets, boissons et spectacles culturels) sont disponibles. En un mot : restez groupés et désignez un point de rendez-vous facilement identifiable avec une heure pour vous y retrouver. Et apportez un appareil photo pour photographier les courses et les cowboys mongols aux costumes multicolores qui galopent de tous côtés.

Comment trouver l’endroit que vous cherchez dans un lieu si chaotique ?

Tout d’abord, la ligne d’arrivée est toujours fixe et elle est facile à trouver. Des chaises et des piquets annoncent le parcours de la course. Une fois garée votre voiture, approchez vous de la ligne d’arrivée avec votre groupe. Depuis ce point, les gens choisissent habituellement un point de rencontre un peu plus loin où ils se retrouveront à une heure donnée. Certains préfèrent acheter un ticket et rester assis à attendre les chevaux, mais la plupart préfèrent se promener et profiter de la vie du champ de courses. Parce que tous ne veulent pas nécessairement la même chose, il vaut mieux se donner une certaine liberté de mouvement et se retrouver quelque part à un moment donné.

CONNAISSEZ L’ÂGE DES CHEVAUX !

Il est impossible de voir toutes les courses de chevaux, car d’autres événements ont lieu en ville et vous les manquerez tous si vous passez tout votre temps sur le champ de course. C’est pourquoi la plupart des spectateurs assistent à seulement une ou deux des six courses principales des chevaux de pure race mongole : azarga (étalons) ; ikh nas (hongres adultes de six ans ou plus), soyolon (5 ans), hyzaalan (4 ans), shudlen (3 ans) ou daaga (2 ans). Il existe par ailleurs des courses pour chevaux de race mélangée (les pur-sangs sont considérés comme une race mélangée dans les courses traditionnelles mongoles).

Chaque groupe d’âge concourt sur une distance différente : les étalons sur 22-24 km, les ikh nas sur 25-27 km, les soyolon sur 22-24 km, les hyazaalan sur 18 km ; les shudlen sur 14-16 km et les daaga sur 10-12 km. La longueur exacte de la course est fixée chaque année par la Commission de Course Equestre.

Chaque spectateur a sa course favorite. La plupart des hommes aiment regarder les étalons et les chevaux de 5 ans, tandis que les femmes et les familles préfèrent habituellement les hongres adultes et les chevaux de 2 ans.

Les observateurs professionnels, eux, ne manquent jamais les courses de chevaux de 3 ou 4 ans et de race mélangée, afin de sélectionner des chevaux de qualité pour la vente et pour de futures courses.

Les quatre tranches d’âge les plus jeunes – 2, 3, 4 et 5 ans – sont appelées « âges inférieurs», tandis que les étalons et les hongres adultes sont appelés « âges supérieurs ». Les chevaux des âges inférieurs ne peuvent concourir dans leur classe d’âge que pendant une année. Les chevaux d’âge supérieur peuvent en revanche concourir dans leur catégorie pendant une durée allant jusqu’à 10 ans. C’est pourquoi on appelle ce dernier type de course la course des « poulains de 10 ans ».

Par conséquent, il est extrêmement difficile pour un cheval de gagner la course des étalons et des hongres adultes – et encore plus de gagner ces courses plusieurs fois de suite.

DROIT DEVANT : ENDURANCE DES CHEVAUX ET SÉCURITÉ DES ENFANTS

Dans une course de chevaux mongole, les chevaux sont montés par des enfants. La loi interdit aux enfants de moins de 7 ans de participer à un naadam, même si nombre d’entre eux savent déjà monter à cheval dès leurs 3 ou 4 ans. Le Parlement de Mongolie est actuellement en train de débattre une augmentation de l’âge minimum pour les cavaliers à 9 ans.

Comme les chevaux adorent la compétition, que les cris de la foule excitent les chevaux quand ils sont proches de la ligne d’arrivée et que les enfants peuvent perdre le contrôle d’un cheval emballé et tomber à terre, les règles du naadam réclament que les chevaux approchent les spectateurs proches de la ligne d’arrivée dans le plus grand calme possible.

La tradition veut que le circuit de la course soit long et droit, afin de mettre à l’épreuve le caractère et l’endurance des chevaux. Il s’agit également d’une tradition héritée des tactiques de la cavalerie militaire du 13e siècle.

Lorsque la piste est rectiligne, les jeunes cavaliers et cavalières n’ont que très peu besoin de guider leur monture. Ils n’ont pas à changer de direction, ni à essayer d’arrêter leur cheval : il leur suffit de le laisser galoper.

Depuis des siècles, le tracé long et rectiligne du circuit est la meilleure garantie de la sécurité des enfants. Il est rare que l’un d’eux tombe de sa monture. Lorsque cela se produit, c’est souvent au moment du départ, lorsque les chevaux font demi-tour tous ensemble et commencent à prendre de la vitesse. Dans les naadams organisés officiellement par l’Association mongole des dresseurs de chevaux (MHA), tous les jeunes cavaliers doivent être munis d’un casque, de vêtements de protection et d’une assurance contre les accidents. Le réseau national de la MHA est le principal partenaire du gouvernement pour l’organisation des naadams.

COMBIEN DE STARS ET COMBIEN D’INCONNUS ?

En Mongolie, les chevaux sont de véritables stars. Les chevaux célèbres ont des monuments, des chansons, des tableaux, des paroles, des musiques et des danses qui leur sont dédiés.

Les chevaux célèbres ont des titres spécifiques. Si le nom du cheval est augmenté d’un titre comme « tumen eh » (« vainqueur de 10 000 »), cela signifie que le cheval a déjà gagné des naadams. Si le titre est plus long, comme par exemple « dayan tumen eh » (« multiple vainqueur de 10 000 ») ou « darhan tumen eh » (« imbattable vainqueur de 10 000 »), alors cela signifie que le cheval a remporté plusieurs naadams importants.

Lorsqu’un cheval vraiment célèbre participe à la course, alors le présentateur fait suivre son titre du mot « État ». Lorsqu’un cheval remporte plus de 4 naadams nationaux, ce qui est très rare, alors ce cheval appartient spirituellement à tous les citoyens de Mongolie et mérite donc le titre de « cheval d’État » (« Turiin Ajnai »).

Cependant, le public adore également voir gagner un cheval bituu (inconnu). Lors de chaque course, au moins 50 pour cent des chevaux sont des inconnus. Pour deviner lequel de ces inconnus va gagner la course, les spectateurs assistent à la cérémonie de départ afin d’évaluer l’allure, le physique et le tempérament des chevaux.

En dehors des chevaux de course, les équidés les plus célèbres de Mongolie vivent dans nos légendes, nos chants et nos documents historiques. Pendant plus de 2 000 ans, la Mongolie a donné naissance à des chevaux de bataille légendaires. Les plus célèbres sont les deux palominos de Gengis Khan, auxquels sont dédiés des centaines de chansons et de légendes. Le plus récent des chevaux de bataille célèbres de Mongolie était « Sergeant Reckless », un cheval de l’armée américaine dans la Guerre de Corée. Des milliers de chevaux mongols ont combattu et sont morts dans la Seconde Guerre mondiale au service de l’armée soviétique : ce sacrifice n’est que rarement évoqué dans l’histoire de la Seconde Guerre mondiale.

UNE FOULE BIGARRÉE : LES CÉRÉMONIES DE DÉPART

Pour prendre les plus belles photographies de chevaux, d’enfants et de dresseurs, il faut se lever tôt pour se rendre sur le champ de course. Le 11 juillet à 7h, les étalons, accompagnés par les vœux du public, partent lentement et cérémonieusement de la ligne d’arrivée pour atteindre leur point de départ. La ligne de départ des étalons se trouve à environ 25 kilomètres du lieu de la cérémonie.

A partir de 6h, une foule bigarrée de plus de 500 étalons, enfants et dresseurs se réunissent sur le lieu de la cérémonie de départ. Les crinières et les queues des chevaux sont tressées de cuir. Les crinières de certains chevaux sont coupées court, et de très petites selles sont placées sur le dos des chevaux.

Les enfants portent des casques et des casaques colorées marquées d’un numéro, et ils tiennent de petits fouets à la main.

Les dresseurs portent des deels mongols et des bottes, et tiennent des peignes à chevaux. Les peignes à chevaux ne sont pas vraiment des peignes : il s’agit plutôt de lames grossières faites de bois et ornées de magnifiques décorations. Les dresseurs portent des chapeaux spectaculaires. Ceux des dresseurs les plus célèbres sont décorés de rubans rouges pendants. Plus on voit de bandes blanches ou jaunes sur le ruban, plus le dresseur appartient à un rang élevé. On confond parfois les chapeaux des dresseurs avec ceux des lutteurs, mais ils sont différents. Les chapeaux des dresseurs de chevaux sont surmontés d’un emblème d’argent en forme de cheval.

Dans la lumière douce du matin, chacune de vos photos de la cérémonie sera magnifique. Les plus belles photos de chevaux seront celles que vous prendrez lors de cet événement. Les chevaux sont splendides avec leur robe luisante. Tellement luisante que certains amateurs disent pouvoir prévoir le succès d’un cheval à une course en observant le brillant de sa robe et de ses yeux.

On dit qu’un cheval mince et élancé a plus de chances d’avoir du succès à une course si la journée s’annonce très ensoleillée. Au contraire, si la journée est fraîche ou pluvieuse, les chevaux plus gras auront de meilleures chances de gagner.

Quand vous visitez la cérémonie de départ, vous pourrez donc discuter avec les autres spectateurs pour savoir lequel des dresseurs a bien nourri ses chevaux la nuit d’avant.

Plus important qu’un bon repas : on dit que plus la robe et les yeux d’un cheval sont brillants, plus le cheval sera vif et compétitif. Les habitués vous diront que les chevaux les mieux préparés n’attirent pas les mouches, que leur crottin ne sent pas mauvais et que leurs naseaux s’élargissent lorsqu’ils respirent.

C’est à ce moment que les spectateurs les plus avertis évaluent les chevaux inconnus, et que les commentateurs prennent note des chevaux qui semblent les mieux préparés et les plus fougueux, et qu’ils devront suivre de près durant la course.

Les dresseurs sont souvent très nerveux pendant la cérémonie de départ. Ils prient et s’occupent attentivement de l’enfant-jockey, leur rappelant la meilleure tactique à utiliser : quand fouetter le cheval et quand le laisser tranquille, quand le faire avancer plus vite. Les dresseurs ne parlent pas à voix haute : ils chuchotent le plus souvent leurs conseils au cavalier afin de ne pas être entendus par un dresseur ou un jockey rival.

Pendant cette brève cérémonie, mieux vaut éviter de poser des questions aux enfants et aux dresseurs : laissez-les se concentrer, et contentez-vous d’observer et de prendre des photos de la cérémonie.

Les cérémonies de départ pour les hongres adultes et les étalons se tiennent au moins une heure avant l’horaire d’arrivée prévu. Pour les chevaux des âges inférieurs, en revanche, la cérémonie a lieu plus de deux heures avant, car tous les chevaux doivent subir une inspection des dents afin de confirmer leur âge.

Les cérémonies de départ les plus photogéniques sont celles qui ont lieu tôt le matin : dans le naadam national, ce sont les shudlen le 10 juillet, les étalons le 11 juillet et les soyolon le 12 juillet.

EN ATTENDANT LE RETOUR DES CHEVAUX

Les spectateurs de la course doivent attendre que les chevaux qui ont quitté la cérémonie de départ atteignent au pas la ligne de départ, puis qu’ils galopent jusqu’à la ligne d’arrivée. Cela prend habituellement une heure. Les spectateurs peuvent occuper cette heure comme ils le souhaitent. Ils peuvent faire un tour dans les yourtes-cuisines, assister à des spectacles en plein air, bien profiter d’une visite payante dans la yourte d’un dresseur, ou bien pique-niquer et jouer aux cartes ou aux dominos sur l’herbe. La vallée toute entière se transforme en une gigantesque aire de pique-nique au son de la musique de la course.

En effet, il existe des mélodies dont le rythme s’inspire du galop des chevaux. Les hauts parleurs du champ de course diffusent les plus populaires des chansons dédiées aux chevaux : « Cheval Noir », « Les deux palominos de Gengis Khan », « Palomino Miroir », etc.

Si votre agence de voyage vous a organisé une visite de la yourte d’un dresseur, profitez-en comme d’un moment très spécial. Les dresseurs sont très occupés les jours de naadam et ils acceptent les visiteurs dans leur yourte entre les courses ou juste après. Vous pourrez y déguster gratuitement du lait de jument, de la viande et autres en-cas. Il n’est pas attendu de vous que vous payiez de l’argent ou que vous donniez des cadeaux, sauf si vous souhaitez offrir des bonbons aux enfants. Vous devrez cependant demander la permission du dresseur avant de vous approcher des chevaux.

ll n’est pas recommandé de demander à monter les chevaux de courses. Il est également déconseillé de toucher les chevaux sans la permission du dresseur. Si vous portez un short, des manches courtes ou des vêtements colorés, il est conseillé de vous tenir à l’écart des chevaux afin de ne pas les exciter avant la course.

Cependant, discuter avec les dresseurs et leur famille est une manière divertissante de passer le temps en attendant les chevaux. Si vous manquez de sujets de conversation équestre, vous pouvez par exemple demander : « comment étaient les pâturages cette année ? », ou bien « à combien de naadams ce cheval a-t-il participé ? » Si vous voyez des médailles dans la yourte, vous pouvez demander quand elles ont été remportées, et avec quel cheval. Ces questions seront le point de départ de joyeuses discussions : les entraîneurs vous raconteront avec un grand sourire les victoires de leurs chevaux adorés !

UN NUAGE DE POUSSIERE !

Si la poussière des villes est considérée comme une chose sale, celle du champ de course au contraire est vue comme une substance merveilleuse. S’il n’a pas plu récemment, le champ de course sera un peu poussiéreux. La poussière de la course fait partie des grands plaisirs du naadam.

Si vous assistez à une course un jour de beau temps, vous verrez la poussière des chevaux de très loin. Bien entendu, les dresseurs et les spectateurs préfèrent que le sol soit humide, afin que les enfants-jockeys n’aient pas à respirer la poussière. Mais s’il est impossible d’éviter des conditions poussiéreuses, les spectateurs feront allusion au vieux proverbe mongol : chaque chose dans l’univers a son explication.

C’est ainsi que selon la philosophie du naadam, si vous rentrez de la course couvert de poussière, il y a une conséquence logique : toute cette poussière vous fera passer une très bonne année. Vous rencontrerez souvent en Mongolie des superstitions de ce type, qui trouvent une explication positive à tout : cet état d’esprit positif est qualifié de « bonne bouche », ou « âme de bouche ».

Les jeunes hommes adorent recevoir la poussière d’un soyolon, car les chevaux de 5 ans sont les plus rapides. Lors de la course des soyolons, une file de spectateurs longue d’un kilomètre se presse dans les endroits où le vent est susceptible de souffler la poussière des soloyon vers eux. Celui qui reçoit cette poussière sera lié à l’esprit des chevaux les plus courageux.

LES CHEVAUX ONT TOURNÉ !

Une fois que les chevaux ont atteint la ligne de départ et font demi-tour pour s’élancer dans la course, un commentateur annonce au public du champ de course que les chevaux ont tourné. Cela signifie que la course a commencé 20 km plus loin. La course la plus rapide se termine 20 minutes après cette annonce. Les spectateurs se précipitent alors à leur siège le long de la ligne d’arrivée. Si les sièges sont remplis, le public se range le long du bord de la piste pour voir arriver les chevaux.

Dans les haut-parleurs, la musique se fait plus forte et on entend toujours plus de chansons et de mélodies liées aux chevaux. Tous ceux qui sont présents savent bien ce que le commentateur va dire : celui-ci commence à annoncer la couleur des chevaux qui sont en tête et celle des casaques des enfants.

Pendant ce temps, les touristes peuvent observer les cinq cavaliers qui restent près de la ligne d’arrivée. Tous les cinq sont montés sur des chevaux magnifiques et portent des deels élégants. Ce sont les « attrapeurs de chevaux » : chacun de ces hommes est chargé d’attraper un cheval parmi les cinq premiers arrivants.

Lorsque le premier cheval arrive, l’un des cinq hommes galope à côté de lui et saisit ses rênes. Lorsque le second cheval arrive, c’est un autre qui l’attrape. Les cinq hommes récupèrent ainsi les cinq premiers arrivants, qui recevront tous un prix. Cependant, une règle spéciale s’applique si deux chevaux passent en même temps la ligne d’arrivée : dans ce cas, c’est le cheval dont le nez passe en premier la ligne qui est le gagnant. Si un cheval sans cavalier arrive parmi les cinq premiers, alors il ne sera récupéré qu’après que les cinq chevaux montés par un enfant-jockey aient passé la ligne.

DOUCES LARMES

Lorsque les chevaux montés par les petits enfants approchent la ligne d’arrivée devant la foule de spectateurs, ceux-ci s’écrient : « giin goo » ou « guurriii gurriii » pour encourager les cavaliers. Les jeunes jockeys fouettent alors leurs chevaux et chantent « gii iin goo oo ». Les cris des enfants poussent les chevaux à accélérer.

Pendant un instant, plus rien d’autre n’existe que la steppe, les chevaux et les enfants. On dirait que plus rien n’a d’importance : que les enfants approchent davantage, et que les chevaux atteignent la ligne d’arrivée après tous ces kilomètres au galop...

Ces pensées, ce moment où les chevaux approchent de la ligne d’arrivée ont le pouvoir de mettre les larmes aux yeux à tous les Mongols. Si vous demandez à des amis mongols, ils vous diront que personne dans notre pays ne peut contempler ce spectacle sans pleurer.

Les cinq chevaux vainqueurs de chaque course reçoivent un prix du Président et une médaille. Les enfants qui montent ces chevaux reçoivent eux aussi un prix et un cadeau du Président, et parfois un diplôme de maîtrise du sport si l’enfant a remporté plusieurs compétitions. Les dresseurs reçoivent une récompense financière et un titre d’État. Pour avoir droit à un tel titre, un dresseur doit passer par un processus de classement effectué sous la direction de l’Association des dresseurs de chevaux.

Il est intéressant de remarquer que les Mongols ne parient pas sur les courses de chevaux. Seule compte la fierté de la victoire, et celle de pouvoir poursuivre une longue tradition de culture équestre mongole. Tout comme le reste de leurs compatriotes, de nombreux Mongols fortunés possèdent des chevaux de course et emploient des dresseurs. Certains arrivent sur le champ de course à bord d’une Lexus ou d’un 4x4 Mercedes, mais leur cœur reste auprès des chevaux.

OÙ PEUT-ON VOIR D’AUTRES COURSES ?

Les courses de chevaux ont lieu dans chaque naadam de province ou de soum (pour les dates de ces naadams, voir le Calendrier des événements de ce site). Même les plus petits naadams proposent des courses de bon niveau.

La plus grande course appelée « Ikh Hurd » (ce qui signifie « Grande Vitesse ») a lieu après le naadam national. Lors de cette course, les meilleurs chevaux des naadams nationaux et provinciaux s’affrontent pour obtenir le plus haut score. Selon le système de scores établi par l’Association des dresseurs de chevaux de Mongolie pour récompenser les meilleurs chevaux, les meilleurs dresseurs et les meilleurs cavaliers, les 5 premières places de l’Ikh Hurd comptent deux fois plus de points que celles du naadam national.

L’Association des dresseurs de chevaux de Mongolie répertorie et organise la plupart des courses de chevaux en Mongolie. L’Association dispose de deux sites internet : www.morinerdene.mn et www.hiimori.mn.

L’Association organise également des courses d’essai avant les naadams. Ces courses sont très importantes pour prévoir les résultats du naadam, et de nombreux amateurs vont voir ces essais.

EST-IL POSSIBLE POUR UN TOURISTE D’ACHETER DES CHEVAUX ?

Lors des courses du naadam les chevaux ne sont pas à vendre, et aucune activité de négoce n’a lieu pendant le festival. Cependant, en visitant le champ de course, un touriste peut acquérir un cheval d’un autre genre : un « hiimori » (ou « cheval de vent »). Selon les croyances mongoles, l’essence du cheval est présente à tous les niveaux dans les êtres physiques et spirituels. L’une des formes du cheval est ainsi l’« air », ou le « vent » – un terme dont le sens avoisine celui d’« esprit » ou d’« esprit supérieur ».

Si une personne a les yeux brillants et un visage radieux, qu’elle est résistante et pleine d’allure, un Mongol dira de cette personne qu’elle a un bon « cheval de vent ».

C’est pourquoi si vous avez passé la journée au champ de course, que vous avez profité des courses et de la poussière, que vous avez pleuré devant les enfants et les chevaux et marché jusqu’à n’en plus pouvoir, et que votre enthousiasme et votre bonne humeur sont restés intacts, alors c’est que vous avez trouvé un excellent « cheval de vent ».

Le plus beau cadeau qu’un spectateur peut rapporter de la course n’est pas juste le souvenir d’un beau spectacle, mais surtout un troupeau de chevaux de vent...

Remerciements :

Un grand merci à Tsagaandalai Lkhagvajav, Bat-Erdene Dashdemberel, Narankhuu Batsukh, Enkhbold Miyegombo et Davaasuren Tserenpil pour les informations qu’ils ont apportées pour cet article.