COMMENT APPRÉCIER LA LUTTE MONGOLE

Rédigé pour les touristes et les guides par Oyungerel Tsedevdamba, Ministre de la Culture, des Sports et du Tourisme de Mongolie

C’est la saison du Naadam en Mongolie : un festival de culture nomade que l’on célèbre depuis des siècles, qui représente un moment incontournable pour les lutteurs, les éleveurs de chevaux, les cavaliers et les tireurs à l’arc de Mongolie. La tradition du naadam a des origines très anciennes, antérieures – peut-être même de plusieurs millénaires – au règne de Gengis Khaan au début du treizième siècle. Le naadam trouve son équivalent dans les Jeux Olympiques de la Grèce antique.

Pendant les mois d’été, des naadams ont lieu à travers toute la Mongolie. Le plus grand d’entre eux est le naadam national, qui se tient tous les ans en juillet à Oulan-Bator. Seuls les gagnants du naadam national remportent le prix national de lutte mongole. Parmi tous les sports représentés dans le naadam, le tir à l’arc est le plus facile à comprendre. Vous n’aurez pas de difficultés non plus à comprendre les courses de chevaux, qui se déroulent sur plusieurs kilomètres dans la steppe.

En revanche, les étrangers sont souvent déconcertés par la lutte mongole, qu’ils trouvent ennuyeuse ou trop lente. Au contraire, la lutte est en fait le sport le plus intéressant et le plus divertissant des naadam. Tous les Mongols comprennent la lutte et suivent les combats avec passion.

Voici quelques pistes qui vous permettront de comprendre les aspects les plus complexes et les plus divertissants de la lutte mongole.

COMMENCEZ PAR REGARDER LEURS CHAPEAUX...

Lorsque la cérémonie d’ouverture du naadam se termine et que la lutte commence, vous verrez de nombreux lutteurs arriver sur la prairie en faisant des mouvements de bras imitant l’aigle ou le faucon. Cela signifie qu’ils sont prêts à commencer leur première manche de lutte. Les tournois habituels à 512 lutteurs comportent neuf rounds d’élimination sur deux jours. Lors des années de commémoration, on organise des tournois à 1 024 lutteurs qui se déroulent également sur deux jours.

A chaque round, le nombre de lutteurs diminue de moitié car seuls les gagnants d’un round passent au suivant. Quel rôle jouent les chapeaux dans le premier round ?

Tout d’abord, ils permettent aux spectateurs de comprendre plus facilement les 256 combats du premier round. Regardez les chapeaux des lutteurs tandis qu’ils dansent, marchent ou s’inclinent devant les neuf banderoles blanches en crin de cheval.

Les chapeaux des lutteurs sont décorés de rubans rouges. Certains des rubans rouges ont aussi des lignes jaunes.

Regardez-les bien ! Plus les rubans ont de lignes jaunes, plus le rang du lutteur est élevé. Essayez de mémoriser les visages des lutteurs que vous désirez suivre, car ils vont laisser leurs chapeaux à leur entraîneur lors des combats.

Lorsqu’un lutteur de haut rang remporte un combat, les spectateurs manifestent leur joie. Cependant, c’est lorsque l’un de ceux-ci tombe ou est mis en difficulté que commence le vrai naadam.

REGARDEZ LEUR CARRURE !

Les spectateurs exercés peuvent voir immédiatement si un lutteur va avoir du succès dans un naadam en analysant sa carrure. Vous pourriez imaginer que plus un lutteur est musclé et athlétique, plus ses chances de gagner sont élevées. C’est un peu plus compliqué que cela.

Il existe de nombreuses tactiques pour gagner un combat de lutte mongole. Les lutteurs ne sont quasiment pas limités dans l’espace. Dans la prairie, ils sont libres de se déplacer sur une vaste surface sans aucune contrainte de temps. C’est pourquoi certains lutteurs optent pour une tactique consistant à gagner très vite au moyen de mouvements rapides et en surprenant leur adversaire, tandis que d’autres cherchent au contraire à faire durer le combat en évitant tout mouvement décisif et en épuisant leur adversaire.

Les lutteurs les plus minces et les plus musclés ont plus de succès dans les combats rythmés et rapides, tandis que ceux qui sont plus massifs et d’apparence plus flasque sont plus endurants. C’est pourquoi lorsque vous choisissez votre lutteur favori, mieux vaut choisir deux lutteurs – cependant, le plus souvent, l’ultime vainqueur sera le lutteur le plus obstiné et persévérant, qui montre le plus de détermination.

APPRENEZ À RECONNAÎTRE LE MOMENT DE LA VICTOIRE

En lutte mongole, un lutteur gagne le combat lorsque le coude ou le genou de son adversaire touche le sol. C’est pour cette raison qu’en mongol, le mot qui désigne le perdant se traduit littéralement par « genou sale ». Toutefois, si le lutteur touche le sol avec son corps tout entier ou sa tête, cela compte également comme une défaite.

Tandis qu’au judo on combat mains contre mains et jambes contre jambes, dans la lutte mongole les mains du lutteur peuvent toucher son adversaire sur tout le corps – mains, torse et jambes. Cependant, il est interdit de manquer de respect à la tête de l’adversaire. En Mongolie, la tête est la partie la plus sacrée d’une personne : même pendant un combat, il faut respecter la tête de l’adversaire.

Les spectateurs expérimentés reconnaissent le fonctionnement de certaines techniques, et lancent aussitôt des cris d’encouragement quand un lutteur parvient à exécuter avec succès une « technique aérienne ». Les spectateurs moins avertis profiteront aussi de l’effervescence du public, et pourront demander à un spectateur plus expérimenté de leur expliquer ce qui s’est passé sur le terrain. Celui-ci se fera un plaisir de tout vous raconter, en utilisant son meilleur vocabulaire technique pour décrire le fonctionnement géométrique et physique de chaque prise. Il vous expliquera que l’essentiel est de sentir le moment où se déplace le centre de gravité de l’adversaire. Parfois, vous comprendrez de quoi il s’agit – et même si ce n’est pas le cas, il est toujours amusant d’entendre un amateur vous parler de la lutte.

En général, la plupart des prises sont reconnaissables et faciles à suivre : par exemple, lorsqu’un lutteur attrape son adversaire, le soulève et le jette à terre. Ce genre de scène peut être observé assez souvent.

ÉCOUTEZ LES CHANSONS EN FOND SONORE

Les « longs chants » arrivent en fond sonore au début de chaque combat. Ces chants représentent pour les lutteurs un guide philosophique. L’un d’eux raconte l’histoire d’un homme qui a tué son frère en confondant son cheval et son deel jaune (costume traditionnel mongol) avec une gazelle, et qui pleure son erreur. Un autre décrit un univers paisible où un soleil magnifique se lève et se couche. Parfois, le long chant parle des deux chevaux palomino de Gengis Khan et de leur pâturage où il est interdit de chasser les cerfs. Un autre de ces chants raconte l’histoire d’un homme qui n’a pas eu le droit d’épouser la femme qu’il aimait.

A chaque naadam, on joue les longs chants pendant les combats de lutte. Pendant que résonne ce chant ancestral, un lutteur danse pour célébrer sa victoire tandis que l’autre tombe à terre. La vie et le spectacle continuent. Il y a un gagnant et un perdant. Ainsi va la vie, de toute éternité. Les longs chants philosophiques font de la lutte un spectacle pacifique dont est exclu tout sentiment de revanche.

Accepter la défaite avec noblesse et sérénité fait partie des principes ancestraux de la lutte mongole, et les spectateurs apprécient tout particulièrement un lutteur si celui-ci reçoit la défaite avec un sourire. Au contraire, le public peut se mettre en colère si un joueur conteste sa défaite. Lorsque cela se produit, les spectateurs crient au perdant : « Défais ton tahim ! Défais ton tahim ! », demandant ainsi au joueur d’effectuer le geste qui marque officiellement la défaite.

Ce geste est visible de tous : le perdant détache la ceinture de son torse et passe sous le bras tendu du vainqueur. Cependant, on voit parfois un jeune vainqueur passer sous le bras d’un lutteur plus âgé qui a perdu le combat : dans ce cas, le geste signifie que le jeune lutteur marque son respect à son adversaire plus âgé et ne veut pas obliger un lutteur de plus haut rang à marcher sous son bras. Les Mongols apprécient beaucoup ce genre de geste et applaudissent le jeune vainqueur.

LES JOUEURS LES PLUS IMPOSANTS GAGNENT FACILEMENT LES PREMIERS ROUNDS

Il n’y a pas de catégories de poids en lutte mongole. Cela vous semble injuste ? Les « injustices » de ce genre sont fréquentes et pourraient peut-être vous faire penser que la lutte mongole n’est pas un sport intéressant à regarder. Mais ne perdez pas patience : les choses vont bientôt se corser...

Dans les deux premières manches, vous verrez beaucoup de lutteurs imposants qui affrontent des adversaires plus jeunes et plus légers. Cela est dû au fait que les 512 lutteurs sont inscrits sur une liste par ordre de rang et que, lors des deux premières manches, ce classement est « plié en deux » : cela signifie que les participants dont le classement est le plus élevé affrontent ceux dont le classement est le plus bas. Le deuxième affronte l’avant-dernier, et ainsi de suite. Les participants du milieu de la liste (classés entre 248 et 257 environ) affrontent des lutteurs dont le niveau est le plus proche du leur : ces combats sont les plus intéressants à regarder.

Cette règle fait que, pendant les deux premières manches d’une compétition de lutte mongole, on a principalement affaire à un processus de « sélection naturelle ».

Au contraire, c’est à partir de la troisième manche que commence la « sélection sociale ». Ceux qui s’attendaient à être battus dès la première manche sont parfois encore en compétition. Il s’agit habituellement d’étudiants ou de soldats, ou simplement de jeunes hommes passionnés de lutte.

Lorsque vous regardez les deux premières manches, ne passez pas tout votre temps sur le stade. Ces deux premières manches prennent quasiment toute la première journée du Naadam (après la cérémonie d’ouverture, qui est souvent spectaculaire). Les amateurs regardent en général le début de la première manche, puis partent regarder d’autres événements du Naadam comme le tir à l’arc, les courses de chevaux ou la fête du soir sur la place principale. Certains spectateurs apportent leur radio avec eux afin de pouvoir suivre les résultats de la lutte – ou même, regardent les combats en direct à la télévision.

LA 3e MANCHE : LA MANCHE « D’APPEL »

Le matin du deuxième jour du Naadam, le stade se remplit rapidement.

Lorsque commence la troisième manche, il n’y a plus que 128 lutteurs. Les lutteurs les mieux classés sont célébrés par des jurys spéciaux appelés zasuuls. Les zasuuls font l’éloge des lutteurs, et annoncent chaque adversaire par un chant. En commençant par le lutteur le mieux classé, les lutteurs choisissent eux-mêmes quel adversaire ils vont affronter.

C’est alors que commence un jeu totalement différent. Tout d’abord, les champions les mieux classés, conscients qu’ils doivent économiser leur énergie pour les six rounds qu’il leur reste, n’appelleront (ne sélectionneront) pas un adversaire contre lequel ils n’ont jamais lutté, car ils préfèrent éviter les surprises. Ils appellent donc des lutteurs plus faibles qu’ils pensent pouvoir battre facilement. Bien entendu, le résultat n’est pas toujours celui auquel on s’attendait.

Une fois que tous les lutteurs les mieux classés ont appelé leur adversaire, il reste deux lutteurs de rang égal qui n’ont pas été appelés. On les appelle « les restes ». Ces deux lutteurs deviennent le centre de l’attention : en effet, leur combat est souvent le plus intéressant et le plus compétitif, et il s’agit souvent de jeunes lutteurs qui ont le potentiel de devenir de vraies stars.

Pour annoncer les premiers appels, les zasuuls se placent sur deux rangs à côté des lutteurs : le rang de gauche et le rang de droite. Un zasuul du côté gauche fait l’éloge du lutteur le mieux classé, et annonce à voix haute quel lutteur du côté droit il a choisi d’affronter.

Le chant d’éloge conçu pour présenter un lutteur peut être traduit de la manière suivante : « Voici le plus grand lutteur de toute la Mongolie, pareil à un océan, l’indétrônable champion (nom du lutteur) qui est né dans le soum (nom) de l’aimag (province) de (nom), qui nous a rejoints en l’honneur du 2 223e anniversaire de l’empire Khunnu et du 808e anniversaire du Grand Etat de Mongolie, et en l’honneur du 93e anniversaire de la Révolution du Peuple, du 25e anniversaire de la Révolution Démocratique, et de la célébration nationale du naadam ! Il appelle publiquement le lutteur (nom du lutteur) du soum de (nom) de la province de (nom) dans la rangée de droite à mesurer en toute honnêteté ses forces devant tous les spectateurs du naadam. »

Le zasuul du lutteur d’en face situé sur la droite répond en chantant le plus fort possible : « Nous avons entendu ton appel ! »

Les lutteurs n’hésitent pas à appeler un adversaire beaucoup plus petit qu’eux. L’objectif ultime est d’être le dernier lutteur encore dans la course après avoir remporté les neuf manches. C’est pourquoi les lutteurs les mieux classés choisissent le plus souvent des adversaires plus petits, plus faibles et moins expérimentés – sauf lorsque des questions d’ordre politique interviennent dans leur choix !

En effet, vous avez bien lu : il y a beaucoup de politique dans la lutte. Certains des lutteurs les mieux classés qui pensent qu’ils ne parviendront pas aux dernières manches décident parfois d’ « aider » de jeunes lutteurs prometteurs en les appelant et en leur cédant la victoire. Cela se produit habituellement lorsque le jeune lutteur vient de la même province qu’eux, voire de la même école. Parfois même, cette décision est motivée par l’argent. Le public déteste voir se produire ce genre d’arrangements, qu’ils surnomment « nairaa » ce qui signifie « arrangement impur ». C’est pourquoi ceux qui parviennent à obtenir un titre et une victoire par la pure force de leur talent sont les plus admirés du public, et sont adulés comme de véritables héros.

LA 4E MANCHE : PLACE À LA SURPRISE

Beaucoup de journaux et d’associations organisent des jeux de prévision sur le nom de celui qui remportera les neuf manches. Il ne s’agit pas exactement de paris, mais le système est assez similaire puisque ceux qui trouvent le nom du gagnant reçoivent des prix importants après le naadam.

Il est relativement facile de deviner l’issue des trois premières manches. Mais à partir de la quatrième, toutes les prévisions sont bouleversées car la sélection pour cette manche repose ici encore sur la règle du « pliage » des listes. A la fin du 3e round, les 64 lutteurs restants sont classés du plus fort au moins fort, et la liste est pliée en deux : cette fois encore, le lutteur le moins bien classé affronte celui qui est le mieux classé.

Cependant, à ce stade de la compétition, le système n’est pas aussi favorable aux lutteurs qu’il l’était lors des trois rounds précédents. Même les lutteurs du bas de la liste sont susceptibles d’être de futurs champions. Chacun des 64 participants est déterminé à vaincre, et aucun d’entre eux n’a peur d’aucun autre lutteur. C’est lors de la quatrième manche que sont éliminés de nombreux lutteurs de haut rang, et que de potentielles jeunes stars émergent : c’est cet aspect imprévisible qui rend la 4e manche particulièrement excitante.

Mais la question essentielle de la quatrième manche est de savoir lequel des participants recevra le titre de Nachin (faucon) au tour suivant. Les aficionados, qui ont hâte de voir débuter la 5e manche, listent les noms des jeunes stars émergentes en répertoriant leur lieu et leur « camp de feu » d’origine.

Dans la lutte mongole, un « camp de feu » est une sorte de club de lutte dans lequel un groupe de lutteurs de la même province, de la même ville ou de la même école se réunissent afin de préparer le naadam. Le plus souvent, le camp est dirigé par un lutteur de haut niveau qui entraîne, avec l’aide de ses collègues, de jeunes lutteurs émergents, tout en développant également sa propre technique. La règle interdit au chef d’un « camp de feu », qui a plus de chances de concourir dans les manches suivantes, d’appeler un lutteur de son camp s’il dispose d’un large choix de lutteurs parmi lesquels sélectionner son adversaire.

Cependant, le chef d’un camp qui calcule qu’il a peu de chances de vaincre à la manche suivante peut parfois choisir intentionnellement un étudiant de son camp afin de lui donner une chance de gagner et de s’approcher davantage du titre de Faucon.

Comme on peut le voir, l’origine du lutteur devient très importante à partir de ce stade. Plus un spectateur a d’expérience et de connaissances, plus il lui sera facile de deviner correctement les gagnants des combats lors de la manche suivante.

5E MANCHE: LES ETOILES MONTANTES

Comme la 3e manche, la cinquième commence avec de longs éloges et des appels durant desquels on chante les louanges des meilleurs lutteurs et où l’on annonce leur choix d’adversaire.

Les éloges durent longtemps, mais ils marquent le début d’un moment particulièrement excitant. En effet, à la 5e manche, le public ne veut voir qu’une chose : quels lutteurs vont devenir les prochains Faucons.

« Faucon » est un mot magique dans chaque naadam. C’est le titre dont rêvent tous les jeunes lutteurs, parce qu’il signifie qu’ils ont passé le 5e round et se sont qualifié pour leur premier titre national. Les titres sont proclamés par un décret du Président de Mongolie, et les jeunes lutteurs souhaitent plus que tout en gagner un. Les supporters, eux, mettent d’autant plus d’enthousiasme à soutenir les nouvelles stars.

Si des lutteurs qui ont déjà un titre national remportent cette manche, cela n’intéresse quasiment personne. Toute l’attention se porte sur les jeunes lutteurs, dont les fans souhaitent que le plus grand nombre possible remportent le nouveau titre. Lors des bonnes années, 6 ou 7 Faucons émergent parmi 32 lutteurs. Mais la plupart du temps, seuls 2 à 5 lutteurs atteignent ce niveau. Certaines années, un seul Faucon a été nominé.

Lorsque l’opportunité se présente de nominer de nouveaux Faucons, c’est le début d’un autre jeu de stratégie. On parle de « contre la montre » : cela signifie que les jeunes lutteurs cherchent à remporter le titre le plus tôt possible durant la manche, même s’ils n’y parviennent qu’une minute avant leurs adversaires. Pourquoi cela a-t-il de l’importance ? Parce que plus tard, les lutteurs ayant un rang équivalent sont classés en fonction de l’heure à laquelle ils ont remporté leur titre. C’est pour cette raison que les lutteurs cherchent à remporter leur combat le plus rapidement possible au cours de la manche.

6E MANCHE: LA DANSE DES NOUVELLES STARS

Lorsque débute la 6e manche, vous remarquerez que les lutteurs aux carrures les plus imposantes commencent à dominer la compétition. Rares sont ceux parmi les 16 participants restants qui pourraient être considérés comme petits ou minces. Pourquoi ? Parce qu’après les cinq manches de la compétition, seuls les lutteurs les mieux entraînés, et qui peuvent endurer plusieurs manches difficiles, tiennent la distance. La tâche qui s’impose aux nouveaux Faucons est de vaincre ces montagnes humaines.

Les combats de la 6e manche sont faciles et amusants à suivre. Les nouveaux Faucons déploient des merveilles d’astuce et de courage. Comme ils n’ont pas peur d’être disqualifiés à ce stade, ils offrent au public des performances joyeuses et insouciantes. Les aficionados apprécient ces combats spectaculaires, surprenants et courageux après le stress de la 5e manche.

Le plus souvent les nouveaux Faucons sont éliminés lors de cette manche, même si certains cherchent à prendre leur adversaire par surprise. Toutefois, un ou deux des nouveaux Faucons peuvent survivre à l’élimination au 6e round, se qualifiant ainsi pour un nouveau titre : celui de Khatsaga (Kestel). Lorsque cela se produit, le public, conscient qu’il s’agit d’un tournoi décisif, crie et siffle avec passion.

7E MANCHE : UN JEU D’ENDURANCE

Le nom du titre remporté pour cette manche est « Eléphant » - dans l’éventualité où un jeune lutteur puisse parvenir jusque là. A ce stade, il ne reste plus que huit lutteurs. La plupart du temps, 7 lutteurs sur 8 n’accèdent pas au titre d’Eléphant car ils l’ont déjà obtenu des années auparavant et qu’ils aspirent à un titre plus élevé : Lion, Champion, Double Champion (Dayan Avarga) ou Triple Champion (Darhan Avarga), etc.

Cependant, si au moins un lutteur a pour objectif d’atteindre le titre d’Elephant, la 7e manche devient la manche favorite de l’année. Si ce lutteur parvient à gagner le titre, le public se déchaîne. L’Eléphant devient une véritable célébrité.

Pour un touriste, assister à la victoire d’un nouvel Eléphant n’est pas un spectacle particulièrement émouvant. Mais pour un spectateur Mongol, lorsque l’éléphant est votre joueur favori ou vient de votre région natale, il s’agit d’un moment très spécial.

Si vous êtes touriste, pensez à noter le nom de la province d’où vient le nouvel Eléphant. Il s’agit peut-être d’une région que vous serez amenés à visiter plus tard. Si c’est le cas, assurez-vous d’avoir bien noté le nom du nouvel Eléphant. Mentionnez son nom dans vos conversations avec les habitants de la région : vous verrez le bon accueil que les nomades vous réserveront si vous connaissez le nom de leur lutteur favori.

L’aspect le plus ennuyeux du 7e round est la technique d’endurance. Parce que la victoire ultime est relativement proche, les lutteurs importants ne prennent pas de risques. Ils luttent avec prudence, lentement, et ralentissent parfois délibérément le combat afin de fatiguer leur adversaire ou de le rendre impatient afin de le pousser à tenter un mouvement risqué. Ceux qui ont le plus confiance dans leur endurance évitent délibérément tout mouvement décisif : ils se contentent d’attraper leur adversaire et de se presser contre lui le plus longtemps possible. Cette tactique est appelée « Uya », ce qui signifie « pneu » ou « corde » : entrelacés comme deux cordes, les lutteurs ne bougent presque pas.

Le public crie parfois aux lutteurs qui sont en plein Uya de bouger, mais leur tactique est difficile à changer. Au bout de 30 minutes, si aucun résultat n’est atteint, les juges tirent au sort celui qui aura le droit de commencer par la prise de son choix. Si le plus chanceux n’a pas de succès avec la prise choisie, c’est au tour de son adversaire de choisir la prise suivante. De cette manière, les juges forcent les lutteurs à accélérer le combat.

Autrefois, lorsqu’il n’existait aucune contrainte de temps sur les combats, la 7e manche et les suivantes duraient terriblement longtemps. Les lutteurs se livraient à des jeux d’endurance interminables, et les combats se terminaient très tard.

8E MANCHE : DES STARS FATIGUEES !

Imaginez-vous dans la peau de l’un de ces quatre colosses. Pour parvenir à cette manche, vous avez lutté pendant 7 manches et parfois affronté des adversaires très difficiles. Vous êtes épuisé, vous suez de la tête aux pieds et le sel de la sueur brûle vos yeux. Vous voulez boire, vous asseoir, vous reposer et enlever votre costume de lutte humide et trop serré. Les stars de la 8e manche se déplacent beaucoup plus lentement que dans les manches précédentes. Pour qu’un lutteur puisse tenter un mouvement rapide et inattendu, il faut qu’il ait été extrêmement bien entraîné et se soit préparé à la perfection pour ce naadam. A ce stade, le public accepte sans difficulté la lenteur des combats car il s’agit de l’un des moments les plus épuisants du naadam pour les lutteurs qui sont arrivés jusque là.

Lors de la 8e manche, les spectateurs sont très impatients de voir qui arrivera en finale. Si un lutteur gagne cette manche pour la première fois, il reçoit le titre de Garid – le nom de l’oiseau merveilleux des contes. Mais personne ne se soucie vraiment de ce nouveau titre. Le public est impatient d’arriver au combat final de la neuvième manche.

Si un ou deux de ces quatre lutteurs fatigués trouve en lui assez de courage et de vitesse pour « déranger le champ » (ce qui signifie effectuer des mouvements rapides et surprenants, au lieu de lutter avec lenteur), alors le public manifeste bruyamment sa joie ! Même longtemps après le naadam, les spectateurs continueront de parler de ces techniques : il est très inhabituel d’observer un combat rapide à ce stade.

LA 9E MANCHE : ENFIN !

Vous avez réussi à rester avec les fans de lutte mongole jusqu’à la fin ? Félicitations ! A ce stade, vous êtes probablement impatients, tout comme chaque spectateur mongol, de découvrir le grand gagnant. Vous vous dites peut-être que pour un touriste, peu importe qui arrive gagnant.

Cependant, pour un Mongol, selon la province dont vient le candidat, la dernière manche peut être un moment très chargé en émotions. Si le finaliste vient de leur région natale, des populations entières font des vœux pour le futur gagnant !

Le titre de Lion est décerné à celui qui gagne un naadam pour la première fois. On ne gagne le titre de Champion qu’après deux victoires dans un naadam de 512 lutteurs, ou une seule dans une compétition de 1 024 lutteurs.

Le moment dramatique de la victoire dans la finale du naadam devient la vidéo la plus regardée de toute l’année dans le pays. Si vous sentez que le moment crucial est en train d’approcher, assurez-vous de filmer toute l’effervescence et la clameur du stade plein de spectateurs !

Lorsque le moment de la victoire arrivera enfin et que le stade tout entier s’enflammera de cris et de sifflements assourdissants, vous aurez l’impression d’être exactement au bon endroit au bon moment. Dans cet instant précis, l’énergie du stade est extraordinaire. C’est vraiment ça, le Naadam !

Lorsque le combat est terminé, le nouveau vainqueur est proclamé par un décret du Président. Les deux finalistes vont ensuite accepter leur prix des mains du Président de Mongolie. Le grand gagnant « ne touche pas le sol » depuis le moment de sa victoire jusqu’à celui où il quitte le stade : en effet, le vainqueur est porté en triomphe par une foule d’hommes qui le soulèvent sur leurs épaules jusqu’au podium, puis à sa descente du podium jusqu’à la sortie du stade.

OÙ ALLER POUR VOIR DE LA LUTTE ?

Le naadam national n’est pas le seul endroit où l’on peut assister à des combats de lutte mongole.

Le naadam est, comme on l’a vu au début de cet article, un festival nomade très ancien qui a toujours été subventionné par les gouvernements Mongols successifs et qui l’est encore aujourd’hui. Les naadam ont toujours eu lieu en Mongolie, même sous le régime communiste et durant les pires crises économiques de la période post-communiste.

De même que le naadam national est financé par le budget de l’État, les naadams locaux sont financés par les budgets régionaux et par des fonds privés. Un vrai naadam n’est jamais un événement commercial, et ne comprend pas de paris. Dans toute la Mongolie, des naadams locaux ont lieu entre le 7 et le 20 juillet et parfois plus tard. Le plus grand a lieu à Oulan-Bator du 11 au 13 juillet.



Au cours de ces différents naadams, 22 400 lutteurs s’affrontent au total. 105 000 chevaux montés par des enfants participent à des courses et 9 500 archers tirent à l’arc devant les spectateurs. Comme on l’a vu, la tradition consistant à soutenir des naadams locaux existe depuis des milliers d’années et se poursuit aujourd’hui encore. En effet, il s’agit du plus important événement chez les bergers nomades. Bien entendu, le naadam d’Oulan-Bator est la principale attraction touristique de notre pays, même si les 321 naadams qui ont lieu partout ailleurs en Mongolie sont eux aussi intéressants et fascinants sur le plan culturel.

La lutte se déroule plus ou moins de manière identique dans chaque naadam, à l’exception près que les naadams locaux comptent moins de manches selon le nombre de lutteurs qui participent (entre 32 et 256). Les gagnants des naadams locaux gagnent un titre pour leur aimag ou leur soum, mais jamais un titre national.

Pour les touristes qui visitent la Mongolie hors de la saison des naadam et qui souhaiteraient tout de même découvrir la lutte mongole, il existe un lieu à visiter aux bonnes dates : le Palais de la Lutte d’Oulan-Bator.

Le Palais de la Lutte accueille des compétitions de lutte pour 128 à 265 lutteurs, les jours fériés et veilles de jours fériés, ainsi que lors des principales commémorations.

La liste ci-dessous indique les jours fériés pendant lesquels ont lieu les compétitions de lutte les plus intéressantes. Pour assister à ces compétitions, les touristes doivent contacter à l’avance l’agence organisatrice. Les compétitions ont lieu selon les cas lors des jours fériés ou le jour précédent.

Les compétitions les plus populaires sont :


En plus de ces compétitions subventionnées par l’État, de nombreuses compétitions sont sponsorisées par des entreprises, des associations ou même par des familles ou des individus privés.

EST-IL POSSIBLE POUR UN TOURISTE DE PARTICIPER À UN NAADAM?

Il est très difficile de participer à un naadam national ou régional. Les compétitions sont organisées par un organisme non-gouvernemental, l’Association de Lutte Mongole. L’association travaille tout l’année pour suivre et répertorier les lutteurs, afin qu’il soit plus facile de les classer sans contestation pour les compétitions les plus importantes. Il est donc impossible pour un lutteur qui n’est pas dans le classement de participer à une compétition importante.

Toutefois, les naadams des soums (comtés) sont plus ouverts. La plupart des jeunes lutteurs, des jeunes adultes et des étudiants, s’exercent d’abord à la lutte dans les naadams des soums. Certains soums acceptent de laisser des touristes participer à leurs naadams. Le naadam le plus ouvert aux touristes est celui de la ville de Khatgal près du lac Khövsgöl. Ce naadam accepte les touristes depuis une dizaine d’années, et de nombreux d’entre eux y ont participés. Aucun touriste étranger n’a cependant jamais gagné un naadam dans un soum. Celui qui remporte le naadam d’un soum reçoit le titre officiel d’Eléphant du Soum. Mais attention : à la première manche les listes sont « pliées en deux », et vous vous retrouverez probablement à devoir affronter le meilleur lutteur du soum !